La spéculation : amie ou ennemie?
Écrit par Maximilien Andile Mercredi, 25 Janvier 2012 19:00
François Hollande a déclaré la guerre aux marchés, Marine Le Pen fustige le financier responsable de la crise, Nicolas Sarkozy crie haro sur la bourse, François Bayrou critique vertement la main noire du spéculateur abusant sans scrupule notre prude économie… Cet élan de détestation n’est pas nouveau et il faut avouer qu’il a un petit côté séduisant, car c’est le bouc émissaire idéal. Après tout rien ne les intéresse plus que de s’enrichir, que de spéculer, de jouer avec l’argent du peuple. Mais finalement n’est-ce pas trop simple que de tirer sur un secteur essentiel sans lequel la croissance ne serait qu’un bon souvenir. Essayons, sans aucun parti pris (promis juré !), de souligner la nécessité des banques et dans une certaine mesure celle de la spéculation.
Lorsqu’on regarde l’histoire économique, on voit bien que l’industrie n’a pu se développer que grâce aux banques et à la spéculation, mais quelle spéculation? L’exemple le plus simple de spéculation actuellement en usage sur tous les marchés sont les produits dérivés. Ces « produits financiers » sont des contrats qui permettent aux entreprises de se couvrir contre toutes sortes de risques. Par exemple, une entreprise comme EDF achète tous les ans une quantité impressionnante de produits dérivés pour se couvrir contre les risques d’un hiver pas assez froid.. Effectivement si l’hiver n’est pas assez rigoureux et si l’entreprise avait prévu le contraire, elle aurait engagé des dépenses considérables afin de fournir le pays en électricité, alors que la population n’augmenterait pas le chauffage! Autrement dit, la faillite assurée. Il existe donc des personnes ou des entreprises qui acceptent, moyennant rémunération, de vous donner une certaine somme d’argent si quelque chose qui causerait votre faillite se produit . N’est-ce pas là un encouragement à l’esprit d’entreprise?
Que demander de mieux qu’un parapluie en cas de pluie? Bien sûr ces spéculateurs qui parient leur argent peuvent perdre mais après tout le marché récompense la prise de risque. Finalement, pour l’entreprise et donc pour la croissance, le bénéfice net est véritable. On accuse aussi souvent les financiers de jouer avec l’argent des gens. Et bien cela peut être bien réel, lorsque par exemple une banque ou un fonds dans lequel vous avez placé vos économies décident de prendre un risque. Si la chance n’est pas de la partie alors les pertes peuvent être importantes. Mais c’est sans compter sur un principe fondamental: la mutualisation du risque. Ce concept appliqué par tous (ou presque) consiste certes à prendre des risques avec votre argent, mais dans un certain pourcentage afin de ne pas se tirer soi-même une balle dans le pied. Ainsi, pour un placement incertain, il est d’usage de prendre des positions sûres. C’est même le principe fondamental des banques: prêter (donc accepter l’idée de ne jamais se faire rembourser) avec l’épargne déposée. Mais il faut toujours garder en tête que prendre des risques, c’est provoquer d’une certaine façon la croissance. C’est en finançant des projets plus ou moins risqués qu’on peut espérer créer des emplois.
Néanmoins on peut accuser les pratiques de certaines banques ou fonds qui jouent sur les matières premières tant celles-ci ont une importance considérable pour la survie des populations pauvres. Par exemple, certains peuvent parier sur la hausse du prix du blé dans quelques mois, certains agents vont alors proposer à d’autres d’acheter « le droit d’acheter » dans quelques mois du blé (il s’agit d’un produit financier appelé option), et ceci à un prix plus élevé que celui affiché aujourd’hui, mais moins élevé que celui qu’ils prévoient. Cela aura pour effet une hausse des achats du blé aujourd’hui. En effet, j’ai intérêt à acheter aujourd’hui à 100 et vendre demain à 110 à des acheteurs désirant se couvrir contre une hausse anticipée du blé. A terme, la demande augmente et donc le prix d’aujourd’hui s’envole sans raison. Ce mécanisme peut donc contribuer à augmenter le prix des denrées alimentaires et peut contribuer à des famines dans les régions les plus pauvres du monde.
Pour plus d’info voir ici.
| < Préc | Suivant > |
|---|















