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Hier soir avait lieu la soirée du Policier à l’UGC Ciné Cité de Lille. Dans le cadre de la diffusion de courts-métrages et de soirées thématiques, l’association Prix de Court, en partenariat avec la chaîne 13ème Rue, projetait hier un court métrage, CARON (2010), suivi d’un long métrage, Le Braqueur, la dernière course (Der Räuber, 2010).
Ce dernier a quelque peu déçu. Certes, ce film germano-autrichien de Benjamin Heisenberg met en scène un homme aux talents multiples et associés de manière particulière. Johann Rettenberger est passionné de course à pied. On l’aperçoit pour la première fois en prison : il s’entraîne en faisant le tour de la cour (12m²). Marathonien couronné de succès, il est aussi un braqueur de banque multirécidiviste. Sans aucun scrupule, il mesure avec précision fréquence cardiaque, effort, endurance et effectivité pendant les courses d'entraînement tout comme lors de ses hold-up. Il vit dissimulé avec son amie Erika à Vienne, partant sans cesse en chasse avec passion et plein d'avidité pour l'expédition, le mouvement, la beauté de la chasse. Lorsque la police décide de l’arrêter après le meurtre d’un agent de probation, il prend littéralement ses jambes à son cou, et entraîne les forces armées dans une course-poursuite à travers la ville et la montagne. Sa fuite l’entraîne toujours plus loin. Johann Rettenberger court pour courir, sans aucun but. C’est une drogue qui l’emportera finalement vers la mort. Néanmoins, la philosophie du film est lassante ; on comprend assez rapidement que Rettenberger ressent un besoin de courir insensé, et qu’il est prêt à tout pour continuer à vivre. Le spectateur a moins d’entraînement que lui, et s’essouffle rapidement à le suivre dans les méandres de l’Autriche. Le manque de caractère des autres personnages laisse une place telle au peu sympathique Rettenberger que l’on est parfois tenté de se désintéresser du film.
Quant au court-métrage, CARON, réalisé par Pierre Zandrowicz, le début étonne. Caron, policier médiocre et mari paumé, se rend dans un magasin sous couvert d’une mission pour y voler en cachette. Non, ce n’est pas l’histoire d’un flic cleptomane, mais d’un être plein d’humanité qui envoie en prison les clochards de sa ville pour les protéger du froid. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux lui demande de l’enfermer définitivement. Pour y parvenir : un meurtre. Et les rouages de ce système risquent fort de broyer Caron. On s'attache au personnage, et l'on se sent ausi frustré que lui. Son impuissance apparente nous transporte ; et on jubile à ses côtés lorsqu'il a enfin le sentiment d'être quelqu'un qui peut faire la différence. Seulement, il est impossible de savoir comment cette affaire va tourner pour Caron qui commet le meurtre, sans savoir que le Japonais est mort avant. On entr’aperçoit la triste vie des SDF qui n’ont pas choisi de vivre dans la rue, et qui ne cherchent au fond qu’un peu de chaleur – que seul un homme apparemment aussi médiocre que Caron saura leur offrir, mais sans doute au prix de sa propre liberté.