Porte, Guillon, Chabot : des pressions politiques à la source de cette rentrée médias ?
Écrit par Valentin Fluteau, étudiant à l'EDHEC Dimanche, 05 Septembre 2010 08:45
Notre dernière chronique médias, c'était le 5 juin dernier. Sous le titre "Demorand, Courbet, Carolis : mais que vont-ils bien devenir ?", nous étions bien loin d'imaginer le feuilleton médiatique de cet été. Bilan -partiel- de ces trois mois.
Nicolas Demorand, d'abord. Alors qu'il venait d'annoncer qu'il quittait la matinale de France Inter, lui était promise la tranche 17h-19h de la station publique, où il devait animer un "nouveau magazine d’information et de débat sur la vie culturelle, vivant, marrant, en direct". C'est en tout cas ce qu'affirmait Philippe Val, le directeur d'Inter, au Parisien le 26 juin. Pour finalement entendre Demorand entre 18 heures et 20 heures sur... Europe 1.
La matinale d'Inter a d'ailleurs été refondue, co-animée par Audrey Pulvar, d'i-Télé, et Patrick Cohen, un ancien d'Europe 1. En déplaçant la pastille d'humour à 8h55, ils n'ont pas eu peur de la concurrence, face à Nicolas Canteloup d'Europe 1 et Laurent Gerra sur RTL. D'autant qu'Inter a viré ses deux locomotives à audience, à savoir Stéphane Guillon et Didier Porte. L'affaire a déjà été bien médiatisée, vous pouvez vous rappeler les faits ici. On peut seulement rappeler que les raisons de leurs licenciements sont bien obscures, et que les deux intéressés n'hésitent pas à parler de pression politique, Sarkozy ayant directement nommé Jean-Luc Hees à la tête de Radio France. Didier Porte soutient cette thèse dans un livre paru jeudi dernier.
Puis c'est au tour de Patrick de Carolis. Vers la mi-juin, il était question de le reconduire à la tête de France Télévisions. Si ce n'était pas le cas, son remplaçant annoncé était Alexandre Bompard, l'actuel PDG d'Europe 1. Résultat des courses : Rémy Pflimlin, ex-Président de Presstalis (l'organisme en charge de gérer une grande partie des kiosques parisiens), est nommé à la tête des télévisions publiques. La semaine dernière, il en a profité pour évincer Arlette Chabot de la direction de l'information. Les raisons en sont aussi bien obscures, mais un ancien journaliste de France 2, Christophe Hondelatte, semble l'avoir trouvée : dans une interview diffusée ce midi sur TPS Star (et révélée vendredi dans Le Grand Journal de Canal+), Hondelatte déclare que son limogeage a été demandé par le Président de la République, suite au traitement de son divorce avec Cécilia par France 2, en 2007.
Bien sûr, ces informations sont à prendre au conditionnel, et les choses ne sont jamais aussi simples. Mais l'accumulation de ces rumeurs ne fait qu'accroître la suspicion. Car cet été, un autre média, Internet, a gagné en importance et en crédibilité. L'affaire Bettencourt a montré que les sites Web d'information, et plus spécialement Mediapart, sont dorénavant en situation de dominer l'espace public. Nous vous l'avions d'ailleurs montré. Internet est-il en position de supplanter les médias "traditionnels" ? C'est difficile à dire, mais cet espace devient un refuge : car si Didier Porte n'a pas trouvé de place sur une autre radio, Mediapart et Arrêt sur images lui en ont proposé une. Propositions qu'il a acceptées. Façon d'échapper aux pressions du pouvoir ?
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