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Le business de l'art devient un terrain de jeu chinois.
Les investisseurs chinois s'aventurent de plus en plus hors des circuits financiers traditionnels, trop variables et peu rentables à leur goût. En effet, l'art est l'un des marchés actuels (bijoux, vins millésimés, antiquités...) qui connaissent une certaine recrudescence après la crise de 2008 et ses retombées. Des prix qui explosent, des enchères florissantes, l'art, chinois ou européen, bénéficie de cet essor et ce, grâce à l'émergence de collectionneurs chinois en herbe. Le paysage de l'art s'en trouve changé de manière radicale mais les valeurs refuge esthétiques de ce marché le resteront-elles longtemps?
Depuis 2010, la Chine trône à la première place sur le marché de l'art avec plus de 40% des parts. Ses maisons de vente deviennent renommées, surtout en terme de chiffre d'affaires, occupant cinq places dans le Top Dix des grandes maisons mondiales. Le monopole occidental sur le business de l'art passe désormais aux oubliettes, les maisons de vente Christie's et Sotheby's font triste mine face aux Beijing Poly et China Guardian. Ces dernières ont su profiter de l'interdiction aux maisons de vente étrangères de s'implanter en Chine pour capter les fortunes chinoises qui ne savaient pas où placer leur argent. Le milieu artistique chinois, qu'il soit traditionnel comme Qi Baishi ou avant-gardiste comme Zhang Xiaogang, se retrouve propulsé sur le devant de la scène des enchères, en concurrence avec Picasso et Warhol. Pourtant, ce compte-rendu sur cette mainmise chinoise a besoin d'être relativisé.
En termes de compétitivité, la puissance de feu des maisons de vente chinoises ne parvient pas à se hausser au niveau des américaines Gagosian ou Pace. De plus, ces investissements de collectionneurs ne se rivent principalement que sur le marché intérieur de l'art, ce qui accroît une tendance chez les artistes locaux à effectuer des séries (comme celles des générations de Xiaogang, cf photo ci-dessus) en fonction d'une demande qui dope les ventes et qui peut nuire au caractère proprement esthétique d'une oeuvre. De même, bien que les foires d'art comme celles de Shanghai ou de Hong-Kong ont affaire à une clientèle chinoise intéressée par des oeuvres occidentales ( celles de Damien Hirst, Jeff Koons pour citer les plus contemporaines), beaucoup de maisons comme Christie's Asia poursuivent les Chinois "mauvais payeurs". En effet, plus de 40% des lots adjugés à plus de 1,5 millions de dollars ne sont toujours pas payés au bout de six mois. Un des symptômes de la fièvre acheteuse des acquéreurs chinois qui ont l'habitude de jouer avec les crédits sans livrer de caution aux maisons de vente. Ainsi, quelques signes de folle enchère contaminent un marché soi-disant sûr et inébranlable.
Vitalité, envol des ventes, enthousiasme, des mots qui rendent le marché attrayant et qui entraînent la création artistique dans une valse quasi macabre. Le spectre officieux et néfaste de la bulle spéculative plane toujours. La vague chinoise reste une déferlante aux impacts encore incertains.