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Une page politique se tourne pour le pays.
Alors que l’ancien chef d’Etat Hosni Moubarak est toujours entre la vie et la mort, et qu’il vient d’être condamné à la prison à perpétuité, l’Egypte prouve qu’elle a bien tourné la page. Depuis la chute du tyran le 11 février 2011, c’était l’armée qui avait repris le pouvoir. Rien d'inhabituel, puisque depuis la chute de la monarchie en 1952, le CSFA ( Conseil Suprême des Forces Armées) avait toujours dirigé le pays.
Mais hier, un nouveau président a été élu : Mohamed Morsi, et ce en respectant les principes démocratiques, ce qui est une première. Tous les chefs d’Etat des pays arabes et occidentaux se sont empressés de féliciter leur nouveau collègue. Même Israël a salué l’élection de Mohamed Morsi. Mais qui est-il vraiment ?
Mohamed Morsi a 60 ans, est ingénieur de formation, et a enseigné aux Etats-Unis avant de revenir en Egypte. En 1979, il adhère au mouvement clandestin des Frères Musulmans, qui prône le respect des principes de la Charia. C’est d’ailleurs en tant que représentant de ce mouvement, devenu depuis les émeutes de la place Tahrir un parti officiel, qu’il a été élu. C’est également le premier civil élu à la tête de l’Etat.
Le nouveau président de l’Egypte n’était pourtant pas pressenti pour devenir chef de file des Frères Musulmans. Il a certes su gravir les échelons de la hiérarchie de l’organisation, mais on ne le jugeait pas assez charismatique pour être candidat à la présidentielle. Tout le contraire de son adversaire du parti de Moubarak, Ahmed Chafik, qui jouissait d’une image d’athlète chic, au point que le camp de ce dernier pensait être en mesure de gagner les élections. C'est Khairat Chater, millionnaire célèbre et ancien prisonnier politique, qui devait être la tête d’affiche des Frères Musulmans. Cependant, sa candidature a été écartée sous prétexte d’une sombre histoire de casier judiciaire (les militaires ont probablement leur responsabilité dans cette affaire).
En dépit de ce manque de charisme, Mohamed Morsi l’a emporté sur Ahmed Chafik, en obtenant 52% des suffrages. Notons toutefois que le taux de participation n’était que de 51%, ce qui est plutôt étrange dans le cas de premières élections libres. Les Egyptiens seraient-ils déjà pessimistes ?
A peine élu, le nouveau président a déclaré ses ambitions. Il souhaite être le président de tous les Egyptiens : un gouvernement islamiste devrait permettre à toutes les communautés égyptiennes de coexister en paix. Mohamed Morsi souhaite également renouer des liens avec l’Iran, afin de créer une alliance régionale, et voudrait renégocier les accords de Camp David avec Israël, sur la base d’une égalité des rapports. On sent déjà presque les tensions qui accompagneront ces discussions, d'autant plus que le sujet de la place des Palestiniens devrait être mis sur la table par le nouveau président. Sujet brûlant au possible …
Pour l’instant, l’heure semble être (relativement) à l’optimisme, il ne reste plus qu’à attendre. Rappelons que l’Egypte est le pays musulman le plus peuplé au monde, et que l’avènement de Mohamed Morsi signe la première arrivée au pouvoir d’un parti islamiste. Cependant tout n’est pas gagné, puisque les militaires disposent encore du pouvoir législatif, suite à la dissolution de l’Assemblée. L’armée devrait remettre le pouvoir au président avant le 30 juin. Seul l'avenir nous dira si l'Egypte s'est enfin engagée sur la voix de la démocratie.